Before the Dawn of Justice I

Je n’ai pas encore vu Batman v Superman à l’heure où j’écris ce post et je vois des avis très rarement élogieux sur le film, moins rarement des avis très sévères, et beaucoup de ce que je résumerais par « calmez-vous, c’est pas si horrible ».

Je ne m’attends pas à un massacre mais je ne peux pas dire que je ne pars pas avec un a priori négatif. Après avoir avoir lu quelques articles sur les réponses de Zack Snyder à propos de Man of Steel, et certaines choses sur Batman v Superman, ça m’a inspiré une réflexion sur le sujet. Je voulais donc partager certains éléments pour expliquer ce « handicap » avec lequel part le film à mes yeux, et éventuellement aider ceux qui le veulent à comprendre le problème, qui a commencé en amont.

Parmi les problèmes rencontrés et très critiqués de Man of Steel se trouvent la mort a/ de Zod, b/ de gens innocents, (c/ de Metropolis).  J’ai allié mes points de vue de Batfangirl et de personne qui écrit et s’intéresse à la narration, la représentation des personnages et aux moyens de rendre les deux efficaces et réellement intéressants. Je parle de ma propre vision de Batman et de Superman, de ce qu’ils représentent globalement d’après moi, et de ce que j’accepte ou pas les concernant (qui sort parfois de ma vision des personnages). En ce qui concerne Superman, j’ai fait appel à Dark Lady of All (aka Vivi), qui est au personnage ce que je suis à Batman, pour compléter l’image que j’en ai. En d’autre termes, c’est MON AVIS PERSONNEL, donc n’allez pas me casser les noix avec des commentaires à base de “tel auteur écrit/connaît mieux Batman que ceux que tu cites” “c’est pas l’esprit des comics” “dans telle histoire, il va à l’encontre de ce que tu dis” bla bla bla. J’ai vu des dessins animés, des films, des films animés, j’ai lu un certain nombre de storylines à ce jour, donc j’ai construit une image assez complète de Batman qui est aussi valide que la vôtre, et même aussi valide que celle de Zack Snyder (voire plus)(pardon, j’ai pas pu m’en empêcher, mais ses justifications pour le traitement de Superman me font tellement halluciner…).

Pour commencer, c’est une opinion personnelle qui va au-delà de Batman, mais je pense que des personnages qui sont des icônes du “Bien” et qui personnifient des valeurs positives n’ont pas à être ambigus dans leur film d’introduction.

Si on veut mettre en valeur et travailler sur la déviation d’un personnage, il faut à mon sens réellement montrer sa première direction. Et cette première direction ne sort pas de nulle part. Chaque élément qui construit cette version, qui se crée forcément par rapport aux différentes versions est un CHOIX  1/ par rapport à ce qui a été exploré dans les comics, et 2/ fait par une ou plusieurs vraies personnes qui vont se refléter dans ce personnage plus ou moins nouveau. Si vous choisissez de corrompre dès ses débuts un personnage historiquement et profondément Bon sur la scène principale (non seulement pas un univers parallèle, mais dans un film, qui a un public immensément plus large et influence davantage l’image publique d’un personnage), ça veut dire quelque chose sur vous.

Man of Steel nous présentait cette version de Superman pour la première fois, comme Dawn of Justice nous présente cette version de Batman, quel que soit le nombre de films qui ont existé avant, quel que soit le nombre d’auteurs et artistes ayant travaillé sur les comics, on y découvre une nouvelle version des personnages. Des personnages qui vont fonder la Ligue des Justiciers. J’ajouterai même qu’il y a forcément des gens qui n’ont pas vu/lu d’autres oeuvres sur ces personnages avant.

A mon avis, une oeuvre comme une série de films (parce que oui, le long terme est important, ici) devrait commencer par poser les valeurs de base du personnage. Celles que l’on connaît sans s’être plongé dans l’univers. Je ne parle pas d’expliquer pour la énième fois les raisons pour lesquelles le personnage est devenu ce qu’il est, mais vraiment de faire comprendre les valeurs indissociables et la philosophie de la personne. Pour Batman, j’estime que ça correspond à ça : la Justice, c’est-à-dire plus clairement qu’il veut que tout le monde paie justement pour ses crimes, donc ça englobe la lutte contre la corruption aussi bien que de défendre la veuve et (surtout) l’orphelin ; le refus de donner la mort, aussi coupable que soit sa proie et (on parle de principes) quel que soit le danger dans lequel il se trouve en la combattant. Ce n’est pas la paix dans le monde, par exemple, dans le sens où évidemment il apprécierait, mais ce n’est pas quelque chose qu’il cherche activement, et toujours à mon avis, ce n’est même pas une notion en laquelle il croit profondément.
Pour moi, Superman représente la lumière, le Bien, la Paix etc. Je crois que je me trompe pas trop jusque là. Vivi me fait ajouter l’Espoir, en rappelant que Man of Steel insiste là-dessus puisque c’est la signification du fameux bouclier en S.
Pour moi, Batman / Superman, c’est donc l’opposition (relative, parce que les deux idées sont compatibles) entre la croyance que chacun est capable du pire et celle que chacun est capable du meilleur.

Batman sait que chacun est capable du pire et il veut réduire l’injustice qui a cet effet.

Superman estime que chacun est capable du Bien et il veut qu’on puisse accéder à cette partie de nous.

Au-delà de l’opposition qui a son intérêt au niveau de l’intrigue, Vivi rappelle aussi qu’ils s’inspirent mutuellement grâce à ces visions différentes des humains. Batman dit qu’il ne peut pas y avoir de monde sans Superman, justement parce qu’il personnifie cette notion d’Espoir.

Il a été élevé dans la cambrousse, là où être l’ambiguïté morale n’existe pas dans la réalité fictive, et ce par des parents profondément bons qui lui ont inculqué une vision manichéenne du monde. Où est cette vision manichéenne qu’un jeune Superman devrait avoir ?
En ce qui me concerne, je peux m’en passer, mais j’en parle car ça fait partie de l’image que j’ai de Superman.

Man of Steel insiste sur la notion d’espoir liée à Superman, en revanche c’est pour la bousiller, comme me l’a expliqué Vivi : en sachant « que l’un des mecs les plus puissants sur la terre n’a eu aucun autre choix que de tuer, comment les autres peuvent espérer et être inspirés par lui ». C’est une question pertinente au vu de la déification dont il semble être au centre dans la bande-annonce de BvS. C’est soit incohérent, soit une amputation volontaire des valeurs de Superman. Je sais pas ce qui est le pire.
Je n’ai pas d’arguments aussi détaillés que pour Batman puisque je lis très peu d’histoires impliquant Superman, mais un personnage surnommé “Boy Scout”, faut avoir une p*tain de bonne raison pour le faire tuer un coupable ET des innocents. Meilleure que “comme ça, il sait ce que c’est et pourquoi il faut pas le faire, du coup on sait pourquoi il le fait pas”, ce qui constitue en gros la première justification de Zack Snyder.

Car oui, je me permets un argument meta. Quand on ne sait pas justifier de façon cohérente un élément qui sert de base au personnage qu’on a “créé”, c’est qu’on n’aurait pas du utiliser cet élément. Si vous ne savez pas de quoi je parle, je vous invite à lire “A Brief History of Zack Snyder Defending the End of Man of Steel”, qui reprend les (pluriel!) différentes explications fournies par Snyder au fil du temps. J’ai appris dans cet article que les gens de DC, ainsi que Christopher Nolan, lui ont explicitement dit à lui et Goyer (le scénariste) de ne pas faire en sorte que Superman tue Zod. Mais j’imagine que la taille de leurs têtes et chevilles les a empêchés d’écouter. Il s’est récemment encore offusqué de la réaction des gens face au bilan collatéral de Man of Steel, mais cette fois en soulignant qu’il y avait des milliards de victimes dans SW7. Parce que le traitement qu’il en a fait est tout à fait comparable, bien sûr… Non.
Le plus frappant pour moi est qu’à travers ce qu’il dit, j’ai l’impression que même moi je cerne mieux Superman et ses “traits immuables” ( « The why of it for me was, well, if it’s truly an origin story, his aversion to killing is unexplained. It’s just in his DNA. » No. Upbringing, partial vision of the world and HUMANITY DESPITE BEING AN ALIEN, not DNA.) alors qu’il semble totalement victime du syndrome “j’ai lu plus d’histoires donc je sais mieux”. Qu’une chose soit claire concernant les comics (et c’est donc valable pour Batman aussi). Ce n’est pas parce qu’un évènement arrive quelques fois en 75 ans qu’il en devient automatiquement in-character. C’est paradoxal, mais il y a des tas de choses considérables comme OOC dans le canon. D’une part parce que les visions modernes et les visions des ères précédentes n’avaient ni les mêmes critères ni les exacts mêmes piliers de fondation. D’autre part parce que tous les auteurs n’ont pas brillé par leur talent. Il y a aussi des choses qui ne sont plus considérées comme canon. Pour revenir à Snyder, vous verrez aussi qu’il conchie le canon ciné existant, ce qui est assez magistral de sa part. Zack Snyder a par ailleurs déclaré que Batman et Superman étaient les plus grands héros de tous les temps, mais je déduis de ses propos lors d’interviews diverses qu’il n’a pas l’air d’avoir analysé les raisons de cet état de fait.

On parle de Bruce qui considère Superman comme une menace, mais est-il question dans ce film de Clark qui considère Batman comme une menace (révolue ou pas) ? Vouloir une différence d’âge, c’est bien gentil, mais en rendant possible le fait que Clark n’ait pas ou peu entendu parler de Batman, je trouve que ça nuit à la réciprocité qui donne son intérêt et son relief à leur affrontement. J’ai parfaitement conscience que j’imagine Superman plus niais qu’il n’est en réalité, mais le pousser à ce point vers la noirceur de Batman parce que c’est à la mode (c’est comme ça que j’interprète le choix de Snyder), c’est limiter énormément un potentiel considérable de contraste. L’obscurité n’est jamais si sombre que lorsqu’elle côtoie la lumière.

Je suis aussi tombée sur une série de tweets qui ajoute un point important auquel je n’avais pas pensé :

En résumé et en français, Superman est un personnage dont les capacités à ressentir sont multipliées à travers ses capacités auditives et visuelles. Il s’est construit en étant capable d’entendre les battements de coeur de tout le monde dans un large cercle géographique, y compris les pas-nés. Ça joue un rôle majeur dans sa façon d’accorder de la valeur à la Vie.

Batman a quant à lui un important côté cérébral qui est souvent mis de côté dans les films. Batman n’est pas seulement un justicier masqué, c’est un enquêteur. Il n’y a certes pas toujours besoin d’enquêter ou de réfléchir énormément quand des adversaires comme le Joker ou comme Bane se manifestent, mais c’est vraiment un personnage qui ne se contente pas de frapper et d’adapter ses gadgets.
Il travaille beaucoup pour diminuer toutes sortes de pulsions, émotions et réflexes. Pour s’en libérer, rester capable de se battre en cas de besoin et ne pas être prévisible face à ses adversaires.
Son apparence est un autre aspect de son côté cérébral. Il cherche sciemment à dissuader les criminels en leur faisant peur. Le costume de chauve-souris, la voix rauque, le peu de dialogue pendant les combats, c’est parce qu’il cherche à se déshumaniser aux yeux de ses adversaires pour qu’ils le craignent davantage et pour que lui-même ait le moins possible besoin d’utiliser la violence physique.
Bruce Wayne est un personnage qui a réprimandé un de ses Robin lorsqu’il a brisé la clavicule d’un criminel sans que ce soit absolument indispensable. Brisé la clavicule.
Son rapport à la violence est aussi visible dans sa relation avec Damian, qui à son arrivée chez son père n’a aucun scrupule à tuer à partir du moment où la victime commet un crime. Il apparaît assez clair que même en dehors de donner la mort, Bruce est anti-violence, il n’est pas simplement “pas pro-violence”. Il frappe quand c’est la solution qui s’impose pour stopper un crime ou pour se défendre. On lui connaît plusieurs associés, mais il n’est jamais content qu’une personne s’ajoute à la liste de vigilants de Gotham parce que ce sont des gens en plus qui auront à être violents au quotidien. C’est vraiment important chez le personnage. Et -interprétation très personnelle- il a honte de se servir de la violence pour combattre la violence. Pour résumer, seule une absolue nécessité justifie la violence, et rien ne justifie le meurtre.

Je reprends plusieurs éléments de Under The Hood, une histoire écrite par Judd Winick* que vous devriez lire et qui a été adaptée en un film animé que vous devriez voir si vous ne voulez pas lire les comics. Je me permets d’autant plus de la citer puisqu’il semble possible que le personnage de Red Hood soit réellement intégré à cette nouvelle chronologie créée par les films et que c’en est la fondation.
Cette histoire est à mon avis une des meilleures façons de cerner Batman, puisqu’il est attaqué par l’intérieur de son cercle. On y a des points de vue critiques sur sa personne de la part de gens qui le connaissent personnellement. On le sait profondément touché et affecté par ce qui se passe ; on peut donc y apercevoir ce qu’il ressent et surtout comment il agit par rapport à ses sentiments. C’est une des storylines qui permet de voir et comprendre ce qui fait Batman, par contraste avec Red Hood. Un contraste qui me paraît autrement plus intéressant et à-propos que Batman/Superman dans la catégorie “dark and gritty”.

Même si on différencie tuer et assassiner, pour moi ça ne colle toujours pas avec les idées de Bruce. Il ne la fait pas en ce qui concerne ses associés. Certains ont tué, et d’autres assassiné, mais son comportement à l’égard de ces deux catégories n’est pas différente. Il refuse que quelqu’un se donne le droit de vie et de mort sur une autre personne car il considère ça comme une injustice et un abus de pouvoir/supériorité physique/autre ascendant possible, ce qu’il combat toutes les nuits.
En revanche, le refus de tuer que j’estime que Bruce applique envers lui-même n’est pas le même, et pas non plus le même que celui que j’attribue à Clark. Il est plus explicite que d’habitude dans Under the  Hood, lorsqu’il explique à Jason pourquoi il ne tue pas, et pourquoi il n’a pas tué le Joker suite à sa mort :

« You don’t understand. I don’t think you ever understood.
– What? Your moral code won’t allow for that? It’s too hard to ‘cross that line’?
– No. God almighty, no… It’d be too damned easy. All I have ever wanted to do is to kill him. For years, not a day has gone by where I haven’t envisioned taking him… Taking him and spending an entire month putting him through the most horrendous, mind-boggling forms of torture. All of it coming to an end with him broken, butchered and maimed… Pleading – screaming – in the worst kind of agony as he careens into a monstrous death. »
(…)
« I want him dead– maybe more than I ever wanted anything. But if I do that, if I allow myself to go to that place… I’ll never come back. »

Ce paragraphe reste ouvert à interprétation, mais en ce qui me concerne, en ajoutant ça au personnage qu’on voit le reste du temps, ça ne veut pas simplement dire que tuer est un acte qui change une personne même si on ne le fait qu’une fois. Pour moi, ça veut dire que s’il commence à tuer, il va continuer, il va sombrer dans une partie de lui qu’il refoule sans cesse.
Je pourrais aller plus loin et développer l’interprétation de Bruce en quasi psychopathe, qui ne développe pas de réels sentiments et émotions et s’accroche donc à ses règles avec insistance pour ne pas basculer, mais c’est un dossier pour un autre jour. Et qui pour le coup dépend énormément de l’auteur.

C’est là que le refus d’utiliser des armes à feu rejoint le refus de tuer. Ce serait s’accorder une possibilité trop tentante, en plus d’être moins précis pour ce qu’il veut en faire (si on veut faire mal ou tuer, c’est pas très grave si on rate sa cible de quelques centimètres ; si on veut juste stopper une personne en touchant les points sensibles sans causer de dommages irréversibles, mieux vaut être directement au contact). Encore un point sur lequel la construction du personnage de Jason s’oppose à celle de Batman (et désigne ça comme un critère fondateur** de Batman par le parallèle), puisque c’est son truc. Red Hood sans flingues, c’est incomplet. Batman avec des flingues, c’est une représentation incomplète de sa personnalité.

Donc oui, une partie de lui veut tuer, mais il fait l’effort de ne pas succomber à la pulsion.
Et s’ils veulent inclure Jason dans un univers où Batman a tué, bonne chance pour être cohérent et bon courage pour placer le passage que j’ai cité sans se sentir con.
Red Hood veut un être un meilleur Batman, il tue les criminels et utilise des armes à feu.
Si Batman fait déjà ça, en quoi Red Hood peut-il être un meilleur Batman ?
La totalité de cet arc (et d’autres plus ou moins connus) sert à insister sur le fait que :
1/ Batman ne tue pas, même si son adversaire provoque des morts innocentes (le bodycount du Joker, c’est nécessaire ?) ;
2/ Batman ne tue pas, même si son adversaire s’attaque à des personnes qui lui sont proches (Barbara et Jason) ;
3/ BATMAN NE TUE PAS.

Un bon personnage n’est pas une liste de qualités, défauts, valeurs, expériences, faits, etc. ; c’est une toile d’araignée où toutes ces choses sont liées avec des liens de cause à effet qui vont dans un sens parfois difficile à déterminer. Ainsi, Bruce est aussi “une créature de science et de logique” (dixit Jason dans UTH), paranoïaque, qui ne s’attache aux gens que quasiment contre son gré et peu enclin au rire (une réaction physique spontanée qui exprime une émotion, EURK) bien que capable d’apprécier l’humour, en particulier le sarcasme (1/ il est socialement accepté de ne pas rire en écoutant ou en utilisant cette forme d’humour ; 2/ comment vivre avec Alfred sans apprécier le sarcasme ?).

Le fait que Batman tue peut pourtant rentrer dans la colonne des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord mais que je peux accepter. Je crois que ça a à voir avec ce que j’aurais voulu qu’il fasse quand Jason est mort. En revanche, il me faut une très bonne histoire pour le justifier, et une vraie progression façon descente aux enfers pendant laquelle il se fait tellement attaquer de tous les côtés et par tous les moyens qu’il se perd lui-même dans le tourbillon et finit par craquer. Sans compter que je n’accepterai pas ça chez un Batman qui ne soit pas déjà usé par les années de lutte (contre le crime et contre lui-même), mais c’est le cas de celui de Batman v Superman (du moins concernant le crime).
Autrement, en sachant que le Superman de cet univers cinématique est déjà passé à l’acte, c’est – en plus d’être globalement hors-personnage – encore plus paresseux que je ne le pense déjà de cet élément de construction pour l’homme d’acier.

Cela m’amène donc à la question suivante : Faut-il qu’un super-héros ou un justicier tue pour être moralement ambigu ?

A ce stade de ma réflexion, j’ai pensé à Catwoman*.

Catwoman ne tue pas. Les histoires où elle tue datent des ‘70s, et ont été virées du canon pour être reléguée à Earth-B (à ne pas confondre avec Earth-2), dont tout le monde se bat les miches. Historiquement, le seul personnage qu’elle a tué est Black Mask, qui avait menacé ses proches et son identité secrète, et qui est loin d’être un innocent.
En revanche dans la continuité des New 52, elle tue par proxy. Fraîchement arrivée à la tête de la mafia gothamite, la situation est complexe. Elle a des buts louables à atteindre pour cette association de malfaiteurs, mais le chemin n’est pas tout rose. Elle a peu de choix si elle veut arriver au bout de son plan, le/la traître·sse doit mourir.
Je suis pas encore complètement convaincue de la mort du personnage, mais partons du principe qu’il est mort.
Je crois qu’il y a une autre occasion où elle est pas loin de tuer quelqu’un à mains nues (enfin gantées et griffues) car extrêmement en colère, mais Batman l’en empêche.
Je trouve qu’on a là un personnage à la moralité véritablement ambiguë. Catwoman n’hésiterait pas très longtemps à tuer une personne coupable pour en sauver cent innocentes. Superman ET Batman vont chercher des solutions pour sauver cent une personnes.
Tout ça pour dire que je ne crois pas qu’un personnage ambigu doive tuer pour accéder à ce statut prisé. Et surtout pas les ambigus-bons. Il y a toujours un autre moyen quand on écrit soi-même l’histoire.

Je vous accorde que c’est moins difficile d’écrire ce genre d’intrigue pour un personnage qui est “du mauvais côté de la loi”, parce qu’on a toujours cette possibilité qu’elle passe à l’acte qui subsiste, comme l’a montré l’épisode Black Mask. Mais quand il s’agit d’un film qui est un enjeu financier majeur, je me dis naïvement que ce serait bien de faire un peu de recherches pour trouver un auteur capable de bons scénarios d’un genre qui correspond à ce qu’on veut du film, quelqu’un dont le traitement des personnages est cohérent avec les points essentiels, quelqu’un qui sait qu’une interprétation n’est que ça, une interprétation,  quelqu’un qui soit capable de dégager le squelette récurrent du personnage et d’identifier ce qui lui donne son intérêt actuel, quelqu’un qui puisse avoir une discussion équilibrée avec les auteurs actuels des comics. Parce que voilà encore quelque chose qui me semble relativement incohérent : faire le fier parce qu’on explore quelque chose de (radicalement) différent et nouveau pour les personnages mais en même temps s’inspirer ouvertement de Frank Miller et de The Dark Knight Returns, ce que fait quasiment tout le monde depuis 30 ans.
Il suffit pas non plus de s’inspirer d’une storyline qui a eu du succès pour faire un bon film, pour plusieurs raisons, dont le fait que sans comprendre l’essence des personnages, ce qui dépasse le texte et les images, ça ne peut pas marcher. Il faut donc un réalisateur qui lui aussi comprenne ça, ou au minimum, un consultant qu’on écoute.

J’ajouterai à ce tweet de Dan Slott que j’ai le sentiment que le public a encore plus besoin de héros qui sont fidèles à leurs principes dans le contexte actuel. Ce qui est sûr, c’est que moi oui. J’ai besoin de héros qui me poussent à défendre ce que je pense être juste. Je ferai pas un drame personnel de l’échec que semble être BvS sur ce point parce que je vais continuer à m’appuyer sur celui des comics, celui de BTAS, celui autour duquel j’ai décidé de mes valeurs les plus basiques.

Et puis surtout désolée, mais cette ambiguïté morale, ça ne marche pas pour tout le monde, non plus, tout simplement. On parle de ça surtout pour Batman, mais c’est juste parce qu’il place la justice au-dessus de la loi. C’est sa seule ambiguïté morale, en réalité. Et (en toute honnêteté, j’ai lu plusieurs trucs cette semaine donc je ne sais plus où précisément j’ai lu cette phrase) Gordon a dit lui-même que Batman ne violait pas la loi quand ça comptait vraiment. En dehors de ça, l’aspect sombre du Batverse, c’est une question d’environnement et d’ambiance.

Je voulais disserter sur “Faut-il qu’un super-héros ou un justicier soit moralement ambigu pour être intéressant ?” mais cet article est déjà extrêmement long et ma réponse est pour le moment juste non.

Pour conclure donc.
Les éléments de Batman v Superman qui me posent problème ne sont pas insurmontables en eux-mêmes, mais ils sont symptomatiques d’un procédé qui me déplaît fortement. Il me faudrait une bien bonne histoire pour que ça me semble cohérent et vraiment intéressant dans une même histoire.
D’ailleurs, c’est moins profond, mais cette scène entre Bruce et Diana, je l’attends au tournant.

Quoi qu’il en soit, je doute que ma désapprobation de présenter de “nouveaux” personnages en les faisant tuer / provoquer des morts puisse disparaître.

Si j’avais décidé personnellement, à cause du peu de temps écoulé depuis la sortie du dernier Nolan et de son impact marquant, et de la Justice League à venir, j’aurais choisi un ton à la limite du léger pour le nouveau Batman et assombri la Justice League avec Blackest Night / Brightest Day comme premier(s) film(s) d’équipe.

*Fun Fact : Judd Winick est aussi l’auteur du premier run des New 52 sur Catwoman. Qui m’a saoulée très fort. Tellement fort que j’ai arrêté de lire jusqu’à ce que l’arrivée de Genevieve Valentine soit annoncée alors que c’est CATWOMAN. Winick a déclaré que le ton (que je décrirais personnellement comme sexiste, mais je crois pas qu’ils cherchaient ouvertement ça) et la place de la sexualité de Selina étaient à la demande de DC.

**Il y a un trope qui tient son nom de cette règle sur les armes à feu, “Batman grabs a gun” :
« The Trope Namer: Batman breaking out a gun as his « once in a lifetime exception » to try and kill Darkseid during Final Crisis. There are numerous counter-examples (his 1939-1940 version (now out of continuity) used a gun occasionally, and there are isolated stories here and there where he uses one as a threat or a tool — for example, to disable the bone-guns of a Super Soldier in the Infection two-parter), but as far as the spirit of the trope goes, Final Crisis is the only current in-continuity example of Batman using a gun with intent to harm/kill and going through with it, and even the current page image from Batman: Year 2 had him not pull the trigger in the end thanks to circumstances outside of his control.
Batman: A gun and a bullet, Darkseid. It was your idea.
Dick Grayson broke his no-killing rule after he believed The Joker had murdered Tim Drake. »
ONCE IN A LIFETIME EXCEPTION.

 

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