Dracula: The Un-Dead [spoilers inside]

Je sais qu’il y a parmi vous des amateurs de vampires (je parle des « vrais », pas de ceux qui brillent, bien sûr). Eh bien à vous en particulier, j’ai envie de dire : « N’achetez pas ce livre ». Je pense que ça résume brièvement mon avis.

Ça m’arrive rarement d’avoir autant de défauts à évoquer, mais là y’a de quoi faire. Si vous ne voulez rien savoir du tout sur l’histoire, passez votre chemin, je ne suis pas à l’abri d’argumenter avec des exemples et des citations.

Les Personnages
Les personnages sont à peu de choses près les mêmes que dans le Dracula de Bram Stoker évidemment, avec toutefois trois ajouts notables, dont je parlerai après. Pour tous ceux que l’on connaît, le problème est le même (à divers degrés, je dois l’avouer). En ce qui concerne la bande des vampire slayers, les auteurs ont voulu explorer leur côté sombre. Jusque là, c’est bien. Mais en justifiant probablement ça par le fait que 25 ans se sont écoulés depuis qu’ils ont « tué » Dracula, ils les ont transformés, plus que fait évoluer, je trouve. C’est même pas que c’est trop sombre pour leur correspondre, c’est que j’ai eu le sentiment que c’était vraiment « out of character ». Mina me semble bien plus c*nne qu’elle ne l’était dans mon souvenir, tout particulièrement pour quelqu’un qui a vécu ce qui se passe dans Dracula et ce que les auteurs nous disent qu’elle traverse/a traversé. Mais les deux personnages de Dracula qui m’ont le plus dérangée, c’est Dracula lui-même et Van Helsing. Pendant la plupart de ses apparitions, Van Helsing collait assez à l’idée que je me faisais du personnage. Et soudainement, le choc. Un évènement pour moi impossible se produit. Au sujet de Dracula, c’est un peu plus tordu. Pendant un certain nombre de pages, le fils de Mina et Jonathan se rapproche d’un acteur célèbre, d’origine roumaine (là, tout bon lecteur grille tout de suite qu’il s’agit de Dracula), Vlad Basarab. On le voit plusieurs fois et j’ai vraiment reconnu Dracula tel que je l’imaginais, avec un côté humain, mais qui reste agressif assez facilement sur certaines questions. Mais dès qu’on avance dans l’histoire et qu’on le voit agir en tant que Dracula, pour moi il change et lui aussi devient « out of character ». Avec une des narratrices (dont je vais parler toute de suite après), on apprend ceci sur Dracula:

Now he rarely allowed himself the rich nourishments of human blood. This was his greatest weakness — that he would not accept what he truly was. Dracula was a vampire, yet he continued to think of himself as human.

Je ne sais pas vous, mais moi ça me choque.
Les nouveaux personnages, maintenant. D’abord il y a l’inspecteur Cotford, un personnage intéressant et —oh tiens bizarre— créé par Bram Stoker mais coupé au montage si je puis dire. Bon, il se goure jusqu’à quelques minutes de sa mort, c’est ballaud. Ensuite, il y a le fils de Jonathan et Mina, Quincey (hommage ;o). J’ai un gros problème avec Quincey. Il est assez réaliste pour un jeune homme de 25 ans en 2010. Mais pas 1912, vraiment pas. Du moins il est loin de l’idée que je me fais des hommes de 25 ans en 1912. Quincey est très proche de sa maman, il se rebelle contre son papa alcoolique et veut vivre sa vie de commmédien (à prononcer à la façon Franck Dubosc) tranquille. Et il est trop trop fan de Basarab, c’est vraiment le meilleur comédien au monde et il est trop génial et parfait. Bon je me moque, mais très franchement, Quincey pour moi il a 17 ou 18 ans maxi. On comprend rapidement qu’après sa rencontre avec Basarab, il voit en lui une figure paternelle. C’est là que c’est fandar, car plus tard il apprend que Basarab est Dracula, celui qui aurait tué son père et qu’il veut tuer pour justement venger son père (car en rentrant chez lui pour voir sa mère suite à la mort de son père, il a appris que sa mère avait couché avec Dracula, du coup il compatit: quelle sal*pe ! Elle a trompé mon père et elle ne vieillit pas, normal que papa boive comme un trou !). Et bien plus tard, vers la fin (alors que nous on a deviné depuis un certain temps, je dirai même un temps certain), ô stupeur, Dracula lui dit ceci :

« Quincey, you are not a fool (…). Do you not yet see the truth? I did not murder the man you knew as your father, Quincey. I am your father. »

Ouais. Carrément. Et comme il est en effet assez difficile de s’attacher à Quincey (enfin moi j’ai eu du mal), les auteur nous précisent juste après cette réplique, qui nous a pas choqués nous lecteur, puisqu’on a deviné y’a longtemps :

The shock was immense.

Pardonnez-moi si je me trompe, mais dans mon monde, quand un auteur dit en toutes lettres « le choc était immense », c’est qu’il a raté un truc.

Passons ensuite à la grande gagnante de la déception. Dans ce livre, la méchante c’est Elizabeth (ou Erszébet) Báthory. Il y a des années que je connais ce nom. Récemment, Julie Delpy a fait un film sur elle (La Comtesse)(que je n’ai toujours pas vu d’ailleurs, c’est un scandale). Comme Dracula (Vlad Tepes—mon clavier et les caractères spéciaux wordpress m’empêchent d’écrire en roumain, je suis pas contente), elle a réellement existé et a été accusée et arrêtée (et jugée, accessoirement) au 17ème siècle pour avoir torturé des jeunes filles afin de se baigner dans leur sang, ainsi que d’autres réjouissances du genre. Bref si vous voulez en savoir plus sur elle, vous savez où aller. Ce sera certainement plus fiable que ma mémoire :mrgreen:.
Je ne saurais pas trop vous préciser ce qui m’a gênée chez elle. Ma déception est beaucoup moins susceptible d’être partagée, à mon avis. Il n’empêche que je l’ai trouvée très cliché comme « méchante ». Elle torture avant de tuer, elle est brune, elle est lesbienne, débauchée, elle a renié Dieu (mais parle toujours de lui comme d’une personne, donc même si elle pense que c’est un c*nnard, elle croit toujours en lui). Cette accumulation fait un méchant vampire bien trop typique pour qu’Elizabeth soit comme ça. Même si certains éléments sont expliqués. D’ailleurs un élément n’est pas expliqué du tout. On ne sait pas qui a fait d’elle un vampire. Elle en parle avec Dracula, on sait qu’ils connaissent tous les deux cette personne et que c’est elle qui a poussé Elizabeth à le haïr autant, mais on ne sait pas qui c’est. Pourtant on sent que c’est un élément clé, puisqu’elle s’en sert pour tenter de pousser Dracula à se poser des questions, sauf que ça tourne court et que nous, on reste dans le flou. J’oubliais aussi une chose très importante à son propos, que je présenterai comme un conseil. Ne jamais donner à un personnage historique « inconnu » le visage d’un autre personnage historique. Grosse grosse connerie. Et je pèse mes mots. Imaginez que ce soit Dracula qui ait tué Kennedy… 🙄

Le texte
La première chose qui m’a fait tiquer au cours de ma lecture, ce sont les phrases en français. Une partie du début se passe dans le Sud et à Paris, donc il y a des français qui parlent français. Problème : la majorité des phrases en français sont incorrectes.

« Bon chance, mon ami. »

He was sweating profusely and felt nauseated as he stumbled up to the door beneath a sign: « Personnelles du Théâtre uniquement« .

Craignos. Dans ces cas-là, la moindre des choses pour un/des auteur(s), c’est de vérifier la grammaire des phrases étrangères. Je trouve ça vraiment navrant, et juste pour que ce soit clair, ça m’énerverait avec n’importe quelle langue, sauf que là, je suis française, donc je m’en suis tout de suite rendue compte. Tant que j’y suis, ce ne sont là que des présomptions, mais y’a 2 ou 3 fois où je me suis même demandée si c’était (en anglais) grammaticalement correct. J’aurais dû noter les pages. Je n’ai pas basé mon jugement global là-dessus puisque je ne peux pas être sûre, mais le doute était là.
Autre chose qui m’a un peu gênée, c’est la profusion de narrateurs. Qui plus est, mal couplée avec le découpage des chapitres (lequel n’a à mon avis que très peu de sens). Imaginez un film où on change de point de vue interne toutes les 5mn… Je pense que ça m’a fait à peu près le même effet. Certains chapitres ne durent pas plus de 3 pages, et pourtant il y a autant de narrateurs, c’est trop.
Il y a aussi plusieurs soucis de continuité, des faux raccords en quelque sorte. Celui qui m’a marqué mettant en scène Quincey, en fuite, puis changement de narrateur, changement de chapitre et de narrateur, retour sur lui, qui est sur un cheval. Selon les phrases lues, on était apparemment censés avoir été là quand il a pris ce cheval, d’autant que pour la plupart des raccords, on retrouve le personnage où on l’avait laissé. Mais là, non, on ne sait pas comment il est arrivé à avoir un cheval. C’est arrivé aussi pendant un combat, mais là c’était carrément de l’incohérence. Les deux combattants se jettent l’un sur l’autre, et quand on les retrouve, l’un d’eux a été pris de court par l’attaque de l’autre.
J’allais oublier quelque chose qui m’a assez exaspérée, très rapidement. Régulièrement, on a l’impression de se trouver dans un catalogue des avancées techniques et scientifiques de l’époque. Entendons-nous bien, je suis tout à fait pour le fait de bien ancrer une histoire dans son époque, mais faut pas écrire des scènes dans le but d’évoquer des avancées récentes, style la traversée de la Manche en avion. Ou le Titanic. C’est parfois vraiment lourd et inutile.

Pour toutes les raisons citées ci-dessus, l’intrigue se retrouve relativement mince finalement. Pourtant il y a quand même encore des choses à dire.
L’histoire entre Mina et Dracula me laisse perplexe, pour ne pas dire hautement dubitative. A peine devient-elle une veuve éplorée qu’elle réalise qu’elle aime Dracula et qu’il est la passion de sa vie. Je trouve ça un peu gros.
Une chose qui m’a bien fait rire aussi… Revenons à Quincey sur son cheval, qui galope-galope dans la nuit, lui les cheveux au vent et réfléchissant à ce qu’il va devoir faire une fois qu’il aura rejoint Dracula et sa mère. Figurez-vous que c’est à ce moment que Quincey a la révélation ! Il réalise qu’il galope vers son destin ! C’est son rôle de tuer Dracula, même s’il va très probablement en mourir. Sans rire, quoi. Ensuite, il y a des éclairs dans le ciel, et ensuite, le cheval est tellement épuisé qu’il continue à pied pour ne pas le tuer. Le chapitre finit donc ainsi :

He was prepared to die for his cause, but he could not ask this horse to sacrifice itself as well.
Without a moment to spare, he continued on foot down the slippery, rocky path to his destiny.

Je dois avouer que dans un autre contexte, j’aurais peut-être rien eu contre une telle fin de chapitre, mais là vraiment, LOLILOL.

Pour terminer, je voudrais parler d’une scène que je n’ai pas aimé du tout. Pour formuler ça joliment, il s’agit de la scène où Bathory, alors que nos chasseurs de vampires restants ne savent rien d’elle, se débrouille pour que Mina pense que ce brouillard rouge (la forme qu’elle a prise) est Dracula (lui faisant croire au passage que Dracula a tué Jonathan) et profite sexuellement d’elle. J’ai rien contre le principe d’une telle scène, même si son utilité est assez limitée, sauf que j’ai pas encore lu de Harlequin « rouge passion » (et dire que j’ai appris le nom de la collection en cours…), mais j’imagine que ça se rapproche pas mal de cette scène.

Pour conclure, je vous dirai que je n’ai passé TOUT mon temps à râler en lisant et qu’on rentre assez vite dans le vif du sujet. Enfin, vif, c’est vite dit, mais l’intrigue principale ne démarre pas au bout de 30 pages.

Lisez-le si vous en avez vraiment envie, mais c’est à vos risques et périls.

4 réflexions sur “Dracula: The Un-Dead [spoilers inside]

  1. A vrai dire tout ce qui se fait en ce moment pu….
    Normal on surf sur une mode vampire au point où on va enterrer les vampires jusqu’au plus profond des terres.

  2. J’hésitais à le lire depuis un moment, mais là je crois que ton avis (et surtout les extraits qui l’illustrent !) m’a véritablement décidée à NE PAS l’acheter ! ^^

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